Fonderie artistique et fonderie industrielle : deux usages du feu, deux relations au temps
- 25 mai
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Cadre de l’activité de Mão de Fogo, son évolution et sa valeur culturelle pour Montemor‑o‑Novo
Introduction
Tout ce qui fond du métal n’est pas équivalent. Le mot « fonderie » peut désigner une ligne industrielle en fonctionnement continu, dédiée à la production en série, ou un atelier de sculpture où le métal n’est fondu que lorsqu’une œuvre, longue et mûrie, atteint finalement ce moment décisif.Le geste technique est comparable — chauffer, fondre, couler — mais le temps, la signification et l’impact sont profondément différents.
Mão de Fogo naît et se développe dans ce second univers. Un univers où le feu n’est pas permanent, mais rituel ; où le four n’est pas un moteur continu, mais un instrument ponctuel ; où la majeure partie du travail se déroule avant et après la fusion, dans des processus lents de conception, de décision et de finition.
Ce texte cherche à expliquer cette différence avec clarté et humanité. Non comme une défense abstraite, mais comme le récit fidèle d’une pratique artistique concrète, avec une histoire, une évolution et un impact réel — culturel, académique et territorial — dans le territoire de Montemor‑o‑Novo.
1. Un début possible, une activité alors légalement encadrée (2001)
Lorsque Mão de Fogo a commencé son activité, en 2001, il était légalement admissible d’exercer une fonderie à l’endroit où elle est aujourd’hui installée. Le cadre municipal et le régime urbanistique en vigueur autorisaient cet usage, et l’activité s’est développée de manière transparente et continue.
Ce n’est qu’avec le temps, et les modifications successives des règlements municipaux et du plan directeur de Montemor‑o‑Novo, que la désignation générale de « fonderie » a été progressivement restreinte dans les zones rurales. Cette évolution réglementaire n’a pas résulté d’une intensification de l’activité de Mão de Fogo, mais d’une reclassification administrative regroupant sous la même désignation des réalités productives très différentes.
Il convient donc de souligner que :
Mão de Fogo existait déjà et opérait légalement au moment de son installation ;
et que c’est l’évolution du cadre réglementaire — et non une transformation de la nature de l’entreprise — qui a généré la nécessité actuelle de clarification.
2. De la fonderie de soutien aux artistes à la maturité d’un atelier
Dans ses premières années, Mão de Fogo fonctionnait principalement comme une fonderie au service d’artistes externes. À cette époque, le volume de fonderie était naturellement plus élevé, et le four était utilisé plus fréquemment, en accord avec les dynamiques du secteur artistique.
Avec le temps, l’entreprise a mûri et évolué. Ses services se sont élargis et spécialisés, incluant :
conseil technique et accompagnement de projets artistiques ;
planification de processus et solutions constructives ;
développement et finition d’œuvres sculpturales ;
support à l’intégration de sculptures dans l’espace public et l’architecture.
Cette évolution a eu un effet clair : l’activité de fonderie a significativement diminué, cessant d’être le cœur permanent du travail pour devenir une étape ponctuelle du processus.
Un moment clé de cette transformation a été l’intégration, à temps plein, d’une sculptrice résidente — Carla Rondão. Sa présence a renforcé le caractère d’atelier créatif et profondément modifié le rythme de travail : les œuvres restent plus longtemps sur place, dans des phases étendues de modélisation, de définition formelle et de finition.
3. Le four : d’une présence constante à un geste exceptionnel
Dans une fonderie industrielle, le four existe pour fonctionner quotidiennement. Il constitue le centre permanent de l’activité.
Chez Mão de Fogo, le four existe pour servir l’œuvre, et non pour justifier son utilisation. Il est allumé seulement quelques fois par an — environ une douzaine de campagnes — et pour des périodes courtes, rarement supérieures à trois heures.
Ce simple élément transforme :
la consommation énergétique annuelle,
le volume de métal fondu,
la quantité de déchets générés,
et la relation symbolique au feu.
Ici, fondre n’est pas une routine. C’est une conclusion.
4. Le véritable temps de la sculpture
Une sculpture ne naît pas au moment de la fonderie. Elle naît bien avant :
dans la modélisation,
dans les corrections,
dans le moulage,
dans la préparation des matériaux réfractaires,
dans les temps de séchage,
dans le montage du système de coulée.
Et elle se poursuit bien après :
dans la soudure,
dans le ciselage,
dans la reconstruction des surfaces,
dans les patines,
dans la protection,
dans l’installation.
Le moment où le four est allumé est intense, mais bref.En termes de temps global de production, il est presque marginal.Considérer Mão de Fogo comme une « fonderie » au sens industriel revient à ignorer que le feu n’occupe qu’un instant dans un processus long, humain et artistique.
5. Matériaux, résidus et nécessité de clarté
Dans le procédé principalement utilisé — cire perdue — les matériaux réfractaires et les coques céramiques reposent sur des matières premières minérales simples, telles que sables et plâtre/stuc, largement utilisés dans le secteur de la construction. Lorsqu’ils sont correctement gérés, ils ne constituent pas des déchets toxiques, ni comparables aux sous-produits de procédés industriels lourds.
Il est également important de préciser que :
Mão de Fogo ne réalise pas de fonderie en sable sur ses installations ;
lorsque ce procédé est nécessaire, il est sous-traité à des fonderies spécialisées au Portugal ou en Espagne ;
et il existe même des cas où l’ensemble du travail est externalisé, aucune étape de fonderie n’ayant lieu sur le site.
Ainsi, la charge environnementale associée à la fusion métallique dans l’espace de Mão de Fogo est ponctuelle, réduite et maîtrisée.
6. Le nom de l’entreprise et la réalité actuelle de l’activité (objet social et CAE)
Bien que la dénomination sociale de l’entreprise inclue toujours l’expression « Fonderie Artistique », cette nomenclature doit être comprise comme un héritage historique, issu des origines de l’entreprise et de sa reconnaissance initiale dans le milieu artistique.
En pratique :
l’objet social de l’entreprise est aujourd’hui beaucoup plus large, incluant des services d’atelier de sculpture, de conseil, de conception et d’accompagnement de projets artistiques ;
et même au niveau de la classification d’activité économique (CAE), la fonderie a cessé d’être l’activité principale, remplacée par l’atelier de sculpture et par l’activité agricole, aujourd’hui prépondérante.
Cette dernière dimension revêt une signification particulière : la reprise de l’activité agricole sur le même site où elle a été exercée pendant des décennies par le père du fondateur, jusqu’en 2013.La présence actuelle de Mão de Fogo ne constitue pas une rupture avec l’usage historique du sol, mais une continuité enrichie par une dimension culturelle.
7. Un atelier ouvert au monde académique européen (Erasmus et stages)
Au-delà de sa dimension artistique, Mão de Fogo a développé au fil des années une relation constante avec le milieu académique international. L’atelier accueille régulièrement des étudiants Erasmus, provenant de diverses universités européennes, pour des stages professionnels.
Ces étudiants viennent :
travailler dans un contexte réel d’atelier ;
apprendre les processus de sculpture, de travail du métal et de production artistique ;
et, simultanément, vivre et découvrir le territoire de Montemor‑o‑Novo.
Cette présence rend Montemor‑o‑Novo visible dans le milieu académique européen, en créant des liens qui se prolongent dans le temps à travers des réseaux universitaires, des projets futurs et des circulations internationales.Il s’agit d’un impact discret, mais profond, qui transforme le territoire en lieu d’apprentissage et de création.
8. Mão de Fogo comme lieu de visite, de circulation et de visibilité culturelle
Au fil des années, Mão de Fogo est devenu plus qu’un lieu de production artistique. C’est devenu un lieu de visite — non pas au sens touristique traditionnel, mais comme point de passage qualifié pour sculpteurs, artistes, commissaires, architectes, journalistes culturels et équipes de production, nationaux et internationaux.
Ces visiteurs se déplacent intentionnellement à Montemor‑o‑Novo pour accompagner des projets, comprendre des processus, discuter des décisions artistiques ou saisir le contexte de production d’une œuvre.
Ces visites ne sont ni ponctuelles ni décoratives. Elles font partie intégrante du fonctionnement de la création contemporaine :les œuvres se construisent en dialogue, dans les lieux où la matière est travaillée.
8.1 Visites qualifiées et circulation du discours
Lorsque des artistes et des sculpteurs travaillent avec Mão de Fogo, ils apportent avec eux des réseaux professionnels actifs.
Des commissaires visitent les ateliers pour comprendre les processus avant de programmer des expositions.Des architectes accompagnent les étapes de production d’œuvres intégrées dans des bâtiments ou dans l’espace public.Des journalistes recherchent des contextes réels pour documenter la création contemporaine.
Ces visites génèrent naturellement :
des articles dans des revues culturelles ;
des textes curatoriaux et catalogues ;
des publications sur les réseaux professionnels ;
des références dans des conférences et présentations publiques.
Montemor‑o‑Novo est ainsi cité et documenté comme un lieu où l’œuvre se construit — et non comme un simple décor.
8.2 Un type de diffusion qui naît du travail réel
La diffusion générée à partir de Mão de Fogo ne prend pas la forme d’une promotion territoriale institutionnelle directe. Il s’agit d’une diffusion plus subtile et, pour cette raison même, plus robuste : elle naît intégrée dans des discours sur l’art, la technique, le processus et la création contemporaine.
Lorsqu’un sculpteur mentionne le lieu de production de son œuvre ; lorsqu’un commissaire décrit l’atelier qu’il a visité ; lorsqu’un journaliste contextualise la fonderie et le lieu où il a suivi le processus ; lorsqu’une équipe internationale partage des images et des récits de son travail à Montemor — la municipalité acquiert une présence symbolique dans des circuits rarement touchés par les stratégies conventionnelles de promotion.
Il s’agit d’une visibilité qui situe Montemor‑o‑Novo sur la carte culturelle par son association à la compétence, à la rigueur technique et à la profondeur artistique.
8.3 Un pôle actif pour la communauté artistique locale
Au‑delà des réseaux externes, la présence de Mão de Fogo a un impact direct sur la communauté artistique locale et régionale. L’atelier fonctionne comme :
un espace de référence technique ;
un lieu de rencontre entre pratiques diverses ;
un point de croisement entre générations et disciplines.
Les artistes locaux bénéficient de la proximité d’une structure professionnelle travaillant régulièrement dans des contextes internationaux. Les jeunes créateurs entrent en contact avec des processus concrets et exigeants. Le territoire cesse d’être uniquement un lieu de production agricole ou résidentielle pour s’inscrire, de manière tangible, dans le paysage de la création artistique contemporaine.
Cette dimension est particulièrement pertinente dans un contexte rural : il ne s’agit pas d’importer la culture de façon ponctuelle, mais de produire la culture de manière continue, ancrée dans le territoire.
8.4 Un prestige silencieux et cumulatif pour la municipalité
L’effet de cette circulation est lent, mais cumulatif. Il ne se mesure pas à court terme, mais à travers une réputation construite dans la durée. Chaque visite, chaque texte publié, chaque œuvre produite et documentée ajoute une couche de reconnaissance.
Montemor‑o‑Novo devient associé à un territoire où :
l’art est travaillé en profondeur ;
des sculptures d’échelle et d’exigence technique sont produites ;
des créateurs internationaux sont accueillis ;
la pratique artistique, la technique et le paysage se rencontrent.
Ce prestige silencieux constitue l’une des contributions les plus durables qu’un lieu comme Mão de Fogo peut offrir à son territoire.
9. Un futur qui s’éloigne du four — sans l’éteindre
La fonderie artistique classique est aujourd’hui un processus de plus en plus exigeant et coûteux. Mão de Fogo en est consciente et regarde l’avenir avec lucidité.
L’évolution ne passe pas par une intensification de la dépendance au four, mais par :
une réduction progressive de cette dépendance ;
l’étude de la transition vers des fours électriques, réduisant l’usage de combustibles fossiles ;
une affirmation croissante comme structure de services spécialisés pour le secteur artistique et sculptural ;
l’attraction de techniciens hautement qualifiés, d’artistes reconnus et de leurs équipes ;
le fonctionnement comme un « atelier‑bureau », un véritable hub de solutions pour le secteur artistique, en métal — spécialité historique — mais aussi dans d’autres matériaux.
Dans ce modèle, la valeur ne réside pas dans la quantité de métal fondu, mais dans l’intelligence du processus, l’expérience accumulée et la capacité à articuler création, technique et territoire.
Conclusion
Mão de Fogo n’est aujourd’hui pas une fonderie industrielle. C’est un atelier de sculpture, avec une activité de fonderie artistique ponctuelle, héritier d’un parcours entamé légalement en 2001 et développé de manière consciente, responsable et transparente.
C’est un espace où le feu existe encore — mais non plus comme une machine permanente. Il subsiste comme un geste rare, intégré dans un processus artistique tourné vers l’avenir : plus léger, plus durable, plus ouvert au monde académique et culturel.
C’est dans cet équilibre entre matière, temps, création et territoire que Mão de Fogo s’inscrit à Montemor‑o‑Novo — non comme une exception, mais comme une valeur.